Diplômé de Mines Saint-Étienne, Victor André est l’un des lauréats de la bourse MINOV 2025. Cette bourse accompagne les élèves de Mines Saint-Étienne engagés dans un projet entrepreneurial, en soutenant l’émergence et la structuration de leur première entreprise. Avec Petite Tortue, il développe une gamme de produits pour bébés fabriqués à partir de matériaux biosourcés et produits en France. Grâce à ce soutien, il a pu accélérer le développement de son projet entrepreneurial et franchir plusieurs étapes clés de sa maturation. Il revient sur son parcours, la naissance de Petite Tortue, l’impact de la bourse MINOV et ses ambitions pour promouvoir des alternatives plus durables dans l’univers de la petite enfance.
Pouvez-vous nous parler un peu de vous et de votre parcours ?
J’ai grandi à Brest et, après ma classe préparatoire, je suis arrivé aux Mines de Saint-Étienne pour les études en 2021. Sur ma première année, j’ai eu du mal à me retrouver dans les enseignements communs et ai trouvé ma voie presque par hasard au sein de la Junior-Entreprise de l’école. À la présidence de Mines Études et Projets, j’ai rencontré l’écosystème de l’innovation de Saint-Étienne et m’y suis attaché. Les deux années qui ont suivi ont été marquées par une expérience de sept mois au sein d’une jeune entreprise, la création de ma micro-entreprise et un premier projet entrepreneurial d’application pour développer le partage de musique pour une découverte active. Pour moi, l’entrepreneuriat permet une grande indépendance et surtout l’assurance sur la cohérence entre son métier et ses convictions : pour ma part, la transition environnementale et l’industrie française.
Comment est né le projet Petite Tortue ?
Petite Tortue est née à l’INSA de Lyon, partenaire de Mines Saint-Étienne par le Collège d’Ingénierie Lyon Saint-Étienne, sur mon dernier semestre de cursus ingénieur. Au lieu d’un stage de fin d’étude, j’ai rejoint la Filière Étudiant Entreprendre (FÉE). Je suis parti d’une page blanche et, sans spécialités initiales en matériaux, en génie industriel ou en conception produit, le concept du biberon biosourcé s’est dessiné. Camémo, Moumoute, Vetally, Clustor… de magnifiques projets ont vu le jour au sein de cette promotion remarquable.
Après un an et demi de recherches et de rencontres, j’ai créé l’entreprise au mois de septembre 2026 et propose la première vaisselle bébé 100% biosourcée. Derrière ce choix de matériau : santé, praticité et éco-responsabilité. Les produits ont une composition sans substances additives synthétiques, sont légers, durables et fabriqués en France. Le premier kit vaisselle est en prévente sur Ulule jusqu’à fin octobre. Celui-ci est produit grâce à des partenaires industriels français : Greenfib à Rennes pour la matière, Saint-Romain Design à Saint-Étienne pour la mise en forme de la vaisselle. La campagne est accessible à ce lien : https://fr.ulule.com/petite-tortue-bebe/.


Le développement du biberon est en cours, en allant plus loin sur l’étude des usages pour la conception d’une gamme d’embouts compatibles afin de proposer un contenant pouvant se transformer en pot d’alimentation, tasse d’apprentissage… Cette sortie nécessite des fonds importants pour des outils industriels.
La filière des matériaux biosourcés a rapidement suscité mon intérêt puisqu’elle se situe à la croisée de mes deux convictions citées précédemment. J’ai réalisé une veille assez large pour trouver un produit dans lequel ces matières auraient une valeur ajoutée au-delà de la seule éco-responsabilité, afin d’élargir le cercle des clients concernés et de surmonter le principal frein de la filière : le coût. L’univers repas des bébés s’est rapidement distingué puisqu’il y a aujourd’hui des enjeux importants de santé environnementale, avec les phénomènes de microplastiques et migrations chimique de plus en plus étudiés et médiatisés. Il existe déjà des alternatives au plastique plus sures pour la santé, mais celles-ci viennent avec des inconvénients lors de l’usage : poids, casse, opacité…
Vous êtes l’un des lauréats de la bourse MINOV en 2025, quel impact ce soutien a-t-il eu sur votre projet entrepreneurial ?

La bourse Minov a permis un effet levier pour bénéficier pleinement d’une subvention de la région Auvergne Rhône Alpes obtenue en novembre 2025. Le montant conséquent recueilli, près de 15 000 €, a été investi dans des tests de caractérisation sur les différentes matières présélectionnées à l’époque et une prestation de design sur l’étude des perceptions autour du biberon et la représentation de premiers concepts.
À l’issue de ces travaux, le projet avait beaucoup gagné en maîtrise sur les polymères biosourcés et les concepts représentés incarnés avec davantage d’identité le projet auprès des partenaires. Ce fut donc un gain important de maturité et de notoriété avant d’intégrer une vision industrielle.
Quelles sont vos ambitions futures pour Petite Tortue ?
Pour le moyen-terme, les efforts sont tournés vers le développement du biberon. Celui-ci est en cours de conception. Avec les designs fonctionnels et la notoriété de la campagne Ulule, les efforts porteront sur la levée de fonds avec en vue une commercialisation pour l’été 2027. En parallèle, Petite Tortue cherchera ses premiers clients et prescripteurs professionnels pour amplifier son lancement sur le marché. À plus long terme, les priorités seront l’élargissement de la gamme, comme des couverts par exemple ; l’atteinte de groupements de pharmacies et magasins spécialisés ; et l’export, au moins dans les pays limitrophes. Mon ambition pour Petite Tortue est d’en faire la figure de proue de la filière des matériaux alternatifs biosourcés auprès du grand public. Je crois en cette filière émergente en France, mais elle reste méconnue et mal comprise.
Avec le recul, quels conseils donneriez-vous aux futurs candidats à la bourse MINOV ?
À propos de l’entrepreneuriat-étudiant en général, il s’agit d’une opportunité sans risques pour apprendre à toute vitesse bien au-delà de notre cursus. Cela nous rappelle aussi que toute solution n’a de valeur et de sens que si elle répond à un problème. Tout le monde devrait l’avoir en tête dès la sortie d’études et il ne faut pas penser que ce questionnement de la valeur est réservée à des profils commerciaux. Enfin, un tel projet montre chez vous une posture pro-active reconnue : auprès de potentiels partenaires qui apprécient qu’un jeune s’intéresse à leur activité ; comme auprès de potentiels recruteurs si vous faites le choix d’un emploi salarié à la sortie d’école.
Pour la bourse Minov, les alumni financeurs sont très sensibles à l’évolution des porteurs de projets, au moins autant que celle du projet en lui-même. Ils sont conscients d’intervenir dans des projets encore incertains, mais apprécient le contact avec des jeunes qui en veulent et qui sont à l’écoute de leurs expériences pour un projet concret et ambitieux.
Avez-vous un mot à adresser aux donateurs et donatrices qui rendent possible cette bourse ?
En reprenant l’idée de la précédente question de l’autre côté du miroir, cette bourse Minov donne autant un coup de boost au projet qu’à ceux qui le portent. Les dons pour cette bourse vous permettent de rencontrer des profils jeunes proactifs et avec des valeurs fortes et qui se distingueront, par le projet ou non, à l’avenir. Les évolutions des lauréats sont très rapides, avec de belles avancées mais aussi des remises en question toujours formatrices. Sur le plan financier, cette aide à un statut particulièrement intéressant : c’est une aide qui vient directement consolider les fonds propres d’étudiants dont les ressources financières à investir sont logiquement limitées, avec pour objectif de réaliser un premier prototype ou des premiers tests ; et qui peut être touchée avant la création de l’entreprise. Ces deux spécificités sont très rarement réunies et rendent l’aide d’autant plus précieuse aux yeux des porteurs.
Encore merci aux alumni ayant financé la bourse Minov 2025 dont j’ai bénéficié, et à tous ceux qui l’ont soutenue depuis !




