AVIAREPTE : l’intelligence artificielle pour mieux repérer la dysgraphie

Lauren, lauréate de l'aide aux projets d'élèves

Lauren Sismeiro, doctorante à IMT Mines Alès et lauréate de l’aide aux projets d’élèves, développe AVIAREPTE, un projet innovant qui mobilise l’intelligence artificielle pour améliorer le repérage précoce de la dysgraphie chez les enfants. Elle revient sur son parcours, les ambitions de son projet et l’impact de ce soutien sur son développement.

Pouvez-vous nous parler un peu de vous et de votre parcours ?

Je m’appelle Lauren Sismeiro, je suis originaire de la campagne en région parisienne, où j’ai grandi avec une véritable passion pour les études. Depuis toute petite, j’ai toujours été très curieuse à l’école et je m’y suis énormément investie. Enfant, l’aéronautique me fascinait sans que je comprenne vraiment comment un avion pouvait voler, et c’est cette envie d’en savoir plus qui m’a naturellement orientée, après le baccalauréat, vers une prépa MPSI-PSI puis vers une école d’ingénieur en aéronautique. J’ai ainsi obtenu mon diplôme d’ingénieure en 2024 à l’IPSA Paris.

Au cours de ces études, au-delà de l’aéronautique, c’est la programmation en Python qui m’a le plus passionnée. J’ai donc poursuivi avec un Mastère Spécialisé en Intelligence Artificielle en 2025 à l’ISAE-Supaero, pour me former davantage sur le sujet. À la sortie, je n’avais qu’une envie : concilier l’informatique avec un sujet qui faisait beaucoup de sens pour moi, en lien avec l’éducation et les enfants. J’ai adoré apprendre, et je voulais être capable de transmettre à mon tour cette envie d’apprendre, pour que chaque enfant puisse trouver son propre épanouissement grâce à sa curiosité. Une offre de doctorat à IMT Mines Alès correspondait justement à ces intérêts, et c’est ainsi que j’ai rencontré le projet AVIAREPTE.

Comment est né le projet AVIAREPTE ?

Je ne suis pas à l’initiative de ce projet, bien qu’aujourd’hui ce soit moi qui le mène. L’idée vient de mon encadrement de thèse : mon directeur Gérard Dray (professeur à IMT Mines Alès et co-directeur du laboratoire EuroMov), ainsi que mes deux encadrants Binbin Xu (maître de conférence à IMT Mines Alès) et Frédéric Puyjarinet (maître de conférence à l’Université de Montpellier et directeur de l’Institut de Psychomotricité de Montpellier). En échangeant autour des pratiques des psychomotriciens pour diagnostiquer la dysgraphie, le projet a progressivement pris forme.

AVIAREPTE, pour Analyse Vidéo et Intelligence Artificielle pour le Repérage Précoce des Troubles de l’Écriture, est un projet dont l’objectif est de développer un outil destiné aux spécialistes (psychomotriciens, ergothérapeutes) pour aider au dépistage de la dysgraphie, un trouble de l’écriture qui touche 5 à 10 % des enfants d’âge scolaire.

Aujourd’hui, le dépistage repose principalement sur l’évaluation du rendu final de l’écriture. Notre objectif est d’apporter davantage d’informations sur la manière d’écrire (vitesse, accélération, fluidité, pauses), mais aussi sur la dynamique globale du geste, avec des données sur la posture, la position des mains, les mouvements du regard ou de la bouche. En entrant davantage dans le détail, cela permettrait de mieux cibler l’origine du problème et donc de mieux orienter la rééducation.

Quelles sont les prochaines étapes envisagées grâce à l’obtention du prix ?

AVIAREPTE n’est plus simplement mon sujet de thèse. Dès le début, j’ai eu envie d’aller plus loin et de rendre ce travail concret. Accompagnée par l’Incubateur d’IMT Mines Alès, je me forme petit à petit à l’entrepreneuriat. Nous avons récemment mené une étude auprès de près de 40 psychomotriciens en France, pour comprendre leurs pratiques, leurs besoins, les points forts et faibles des outils actuellement utilisés, ainsi que leur intérêt pour notre projet. Cela m’a permis d’identifier plusieurs psychomotriciens prêts à devenir bêta-testeurs de notre solution.

Grâce au prix de 2 500 € de la La Fondation Mines Alès, sous égide de la Fondation Mines Télécom, dans le cadre de l’aide aux projets d’élèves, je vais pouvoir m’équiper du matériel nécessaire à la réalisation de prototypes, que je pourrai faire tester et améliorer par itérations successives. La solution que je propose comporterait un support équipé de caméras, et nous réfléchissons également à la réalisation d’un stylo connecté, afin de récupérer d’autres paramètres comme la pression, qui nous échappent pour l’instant avec la vidéo.

Avez-vous un mot à adresser aux donateurs et donatrices qui rendent ce prix possible ?

Je vois ce prix comme un véritable élan pour l’après-thèse. Je ne soutiendrai ma thèse que fin 2028, mais ce prix m’aide déjà à rendre ma recherche plus concrète et à évaluer sa viabilité pour la suite. Je remercie chaleureusement les donateurs et donatrices, car c’est grâce à eux que des idées de start-up peuvent trouver la motivation nécessaire pour se concrétiser. Je serais très fière de pouvoir un jour rendre la pareille, en aidant à mon tour des étudiantes et étudiants de l’Institut Mines-Télécom (IMT), et je l’espère, sous le nom de ma propre entreprise !

Quels conseils donneriez-vous à un élève qui envisage de postuler à l’appel à projets ?

Osez. Vous n’avez rien à perdre, tout à gagner. Beaucoup d’élèves n’osent pas candidater à des appels à projets, par défaitisme anticipé. Oui, cela demande un minimum d’investissement en temps, car il faut monter un dossier, mais ce travail finit toujours par être récompensé d’une manière ou d’une autre. Nombreux sont ceux qui ont des idées plein la tête mais qui n’osent pas se lancer par crainte du risque. Il est pourtant parfois nécessaire de prendre des risques pour mener ses projets à terme, et les appels à projets peuvent être un véritable levier pour oser franchir ce pas.